Chien Creole: Vodou haitien, 2eme partie


SUR LES TRACES DES MYSTERES VODOUS EN HAITI (2)

 

1. Les fonctions du houngan, pretre vodou

Elien Isac, dit Samba’el me fait remarquer que le terme « houngan », qui désigne le prêtre vodou, claque comme deux coups de tambours et il joint le geste à la parole.  » Houn  » signifie « esprit » et « -gan » signifie « guérisseur ». De fait, cela correspond à une des fonctions du houngan, qui connait les plantes médicinales, leurs vertus, sait ou les trouver et soigne avec l’aide des esprits, les loas. « Lorsque tu tombes malade, le médecin va te demander 1000 gourdes (20 euros). La plupart du temps, les gens n’ont pas les moyens de payer une telle somme et de toute façon, il y a à peine mille médecins pour neuf millions d’habitants ! Avec le houngan, tu vas donner ce que tu peux, de l’argent, de la nourriture si tu es paysan, etc. Même si c’est modeste, on ne refusera pas de te soigner.» Elien est aussi « materon », c’est-à-dire accoucheur, car en Haïti, la majorité des femmes mettent encore leur enfant au monde de manière traditionnelle.

Selon Samba’el, le houngan s’occupe aussi de rendre la justice dans un pays où les institutions sont en pleine déliquescence, en se chargeant au besoin de châtier les coupables à la demande des victimes. Et puis naturellement il assume son rôle de prêtre vodou en s’occupant de tout ce qui touche à ce culte.

2. Comment devient-on houngan ?
Elien Isac, qui est houngan depuis quatre générations, explique qu’il y a « beaucoup de houngans non initiés, plus ou moins bons. Ceux-là ne maîtrisent généralement que deux ou trois rites… Il ajoute : utiliser le vodou sans en avoir une bonne connaissance peut s’avérer dangereux. Pour ma part, je suis assongwé , c’est-à-dire que j’ai été initié par les plus grands houngans des dix départements, tous vêtus de blanc, au cours d’une très belle cérémonie. Mon papa [mystique] m a remis l’asson, à minuit. »
Pour designer celui qui l’a initié, à la fois en lui livrant les secrets du vodou puis en le guidant pendant la cérémonie d’initiation à proprement parler, le houngan parle donc de son père ou de son papa. L’asson est une calebasse à la queue allongée, qu’on enserre avec les colliers de perles, les majoks, dont les couleurs variées correspondent aux différents rites du vodou ( voir http://chien-creole.blogspot.com/2009/07/article-en-cours-de-preparation.html). Cette calebasse est connue pour ses propriétés curatives comme antidote aux poisons. Ses feuilles soignent aussi les infections vaginales, « mais lorsqu’elle est consacrée, alors cette calebasse est la clé qui ouvre toutes les portes des mystères !

Cela dit, poursuit Elien Isac, avant d’être initié, il faut qu’au cours d’une cérémonie, on te retire ton  » petit bon ange » car il est trop vulnérable aux maléfices. Tu pourrais devenir victime d’houngans jaloux ou qui voudraient te contrecarrer. Le « petit bon ange” est la partie de ton âme qui peut voyager indépendamment de ton corps.

3. La cérémonie du govi

Il existe aussi le « gros bon ange », ajoute Samba’el. Quand un individu meurt, son « gros bon ange » va dans l’eau. Le houngan doit alors l’en retirer. Cela se fait dans une cérémonie appelée le govi, ce qui signifie « au-delà de la vie ». Le houngan, protégé des regards par un drap blanc appelle le « gros bon ange » à gagner une cruche en terre cuite, probablement d’origine tainos, dont la partie inferieure est plongée dans un bassin ou à défaut, dans une bassine. Ainsi libéré de l’eau, le gros bon ange s’exprime à ses proches par la bouche du houngan, et chacun peut reconnaitre la voix du défunt.

Asson sur cruche sacree pour la ceremonie du Govi (photo FG)
Lorsque les propos sont incompréhensibles pour le commun des mortels, le houngan se fait interprète. C’est d’ailleurs le cas avec tous les loas qui le chevauchent (possedent), lui ou toute autre personne dans son péristyle. Mais le houngan a également la possibilité d’interroger le gros bon ange d’une personne disparue mais vivante ou de questionner les loas sur le passe, le présent ou l’avenir.

Winthrop Attie, le houngan de Seguin, va plus loin : « Dieu est la grande puissance, les esprits sont la puissance et les hommes sont amenés à gouverner la puissance, mais encore faut-il qu’ils le veuillent ! Je peux te donner cette autorité, mais si tu ne la prends pas, ca ne sert à rien. Je vis avec les loas, au quotidien, et si je leur commande quelque chose, ils doivent m’obéir, c’est comme ca.

Conclusion
Le houngan est donc un personnage qui assume de nombreuses fonctions dans la société haïtienne puisqu’il accompagne l’haïtien tout au long de sa vie : il aide a le mettre au monde lorsqu’il est accoucheur traditionnel ; il a le pouvoir de le marier, religieusement et mystiquement ; il le soigne dans la maladie ; se veut le bras de la justice ; et enfin, il libère son « gros bon ange » quand survient la mort, afin de lui permettre de regagner l’Afrique, la mythique Guinée d’ou ces ancêtre ont été arraches. Le houngan symbolise précisément le lien avec les racines africaines, ces croyances auxquelles les esclaves s’étaient accrochés et qui devait leur donner la force de conquérir leur indépendance. Sur un plan spirituel, le houngan préside aux cérémonies et aux rites. Si les loas sont les intermédiaires entre Dieu et le monde des hommes, le houngan est leur interlocuteur privilégié parmi les hommes.
peinture de J. Sevenson, peintre de Jacmel (photo FG)
Il détient les clés de ce monde enchanté de l’invisible qui peuple l’imaginaire de tout haïtien et qui se retrouve dans la richesse de son art, sa peinture, sa littérature, sa sculpture sur métal, sa poésie, etc. Le houngan est enfin censé disposer de pouvoirs dits magiques que lui confère son ascendant sur les loas et de dons divinatoires. Même si certains utilisent leurs pouvoirs supposés à des fins que la morale judéo-chrétienne considérerait en effet comme mauvaises, on est bien loin de l’image d’Epinal qui présente le houngan comme un sorcier diabolique assoiffé de mal…
(a suivre)